Musicothérapie en crèche et cas clinique

Trouver des clients

Quelques résultats du programme de musicothérapie en crèche et cas clinique « Matisse et la prévention du développement d’une structure psychique psychotique. Emilie DEMOND

Grandes évolutions observées chez les enfants

Nous avons observé les enfants individuellement au cours des 15 séances de musicothérapie groupale, ainsi que l’état de la dynamique de groupe.

Le tableau ci-dessous propose une tentative de résumé des profils d’enfants accueillis et quelques grandes évolutions observées au cours des séances :

Quelques profils d’enfants découverts :

Enfants exclusifs

Enfants n’ayant pas de conscience de leur corps, présent uniquement par le regard

Enfants nécessitant un contact physique

Enfants « insécures »

Enfants très introvertis, à la limite du repli « autistique »

Enfant sécure en capacité de se signifier et de laisser la place à l’autre

Enfants compulsifs n’ayant pas la conscience des autres enfants

Enfants leaders, voir saboteurs

Enfants dans la procédure plutôt que le plaisir

Quelques tendances d’évolution observées

Diversification des canaux de communication (passage d’un canal dominant à divers canaux)

Moins de procédure, plus dans « l’agir et moins dans le faire »

Meilleure conscience de soi, de tout son corps et de ses gestes

Meilleure conscience des autres

Diminution du besoin de soutien de l’adulte pour prendre sa place

Meilleure capacités d’identifications et expressions des 4 émotions de base

Moins de comportements défensifs

Etude de cas « Matisse »

 

1. Données familiales

Le papa de Matisse souffre de schizophrénie. Il est régulièrement accueilli en structure spécialisée lors de ses épisodes paranoïdes. Du côté de la maman, on a également la présence d’antécédents schizophréniques. Il vit majoritairement avec sa maman. Les professionnels de la crèche expriment que les liens avec les parents sont compliqués.

2. Caractéristiques et rapports avec l’enfant

Nous avons commencé à suivre Matisse alors qu’il était âgé de 2 ans. A cette étape, il n’avait pas encore de langage et n’ouvrait quasiment pas la bouche. L’équipe éducative nous a informé de son inquiétude au sujet de cet enfant dont l’attitude en groupe les préoccupait. En effet, elles ont constaté au quotidien que Matisse ne joue pas ni seul, ni avec les autres enfants. Il n’attire pas non plus les autres enfants. Il a l’habitude de se tenir souvent debout à attendre. Elle constate également que son regard a tendance à s’en aller et ses yeux à se fermer, avec des mimiques de la bouche et de la langue. Nous avons fait les mêmes constats au cours des séances de musicothérapie groupale. Ces réactions, son regard et les mouvements de ses yeux, créaient au début la rupture de la communication. Lorsqu’une intention était dirigée à son égard, ses yeux pouvaient se révulser et nous ne voyions que le blanc de l’oeil, accompagné de mouvement de bouche de type « toc ». Ces manifestations se stoppaient quand l’attention n’était plus dirigée sur lui. Nous avons adapté notre manière de le faire exister dans le groupe, en fonction de l’évolution de ses mécanismes de défense. Ces réactions ont eu tendance au début à me déstabiliser et connectaient chez moi une sensation d’étrangeté, de folie, d’inconnu et de crainte.

Détection de troubles

En accord avec l’équipe et sa direction, lors de nos temps de débriefing, nous avons suspecté l’installation de troubles psychiques précoces. Un signalement a été fait et à ce jour, Matisse est suivi au CAMS et connaît d’énormes progrès. D’autre part, ses réactions à l’audition de sons ont attiré notre attention. Il pouvait fermer les yeux ou se tourner. Nous avons alors discuté sur une éventuelle problématique d’audition. Un diagnostic a été réalisé et a en effet, révélé la présence de troubles
auditifs. Matisse entend mais « comme s’il était sous l’eau ».

3. Evolution de l’attitude générale au cours des séances

Premiers temps « un regard dont on sent la présence »

Le regard de Matisse est très présent. On sent son regard. Il semble imposer une forme de mise en retrait manifesté également par une tendance à s’assoir derrière le coussin, en position tournée. Il observe tout ce qu’on fait et montre une grande attention qui pourrait traduire une forme de vigilance permanente de ce que l’adulte peut faire. Il n’est jamais éparpillé à regarder ailleurs, comme c’est le cas de beaucoup d’enfants à cet âge où l’attention est de courte durée. Aurait-il
développé un lien d’attachement de type « préoccupant » avec ses figures d’attachement ?

« Tout dans le regard, un corps non investi »

Au début comme à la fin, il faut venir le chercher pour qu’il vienne ou reparte. Accompagné, il a accepté de s’assoir sur un coussin à côté de moi. Toujours un regard dont on sent la présence. L’expression de son visage ne change presque jamais, même à l’exposition de son. Ses bras ne bougent pas non plus. En revanche, il suit nos mouvements avec son regard.

« Investissement de son corps »

Au bout d’un certain nombre de séances, Matisse a utilisé le bras droit, puis, les deux bras au moment du salut avec les foulards. Et pour la première fois, il a souri et interagi avec nous. Il se protège toujours lorsqu’il se sent au centre de l’attention (se retire, jusqu’à fermer les yeux). Par contre, il a fini par arriver à s’assoir tout seul, en même temps que les autres enfants. Par moment, notamment lorsqu’un laps de temps a été conséquent entre deux séances, il peut manifester à nouveau des mouvements défensifs de rejet ou de fuite à l’entrée de l’espace (pleurs). Il se détend alors à partir de l’écoute des animaux (surtout après son opération du système auditif).

« J’ai pris conscience de moi et confiance »

Après quelques mois de suivi, Matisse s’installe seul, sans aucune aide. Il est pleinement présent et ne manifeste plus de comportements défensifs avec sa langue, sa bouche, ses yeux ou une posture dos tourné. Son regard est devenu accueillant et ouvert, ne manifestant aucune fuite.

« Je recherche le lien avec les intervenantes », « je manifeste un besoin de communiquer »

Matisse est de plus en plus présent et recherche le regard, l’attention des intervenantes. Il manifeste un souhait d’entrer en communication et devient peu à peu un élément moteur dans le groupe et au cours de toute les phases d’une séance. Il habite davantage son corps et progressivement va mobiliser sa voix. Il développe également une variété d’expressions du visage (sourit, soutient le regard, complicité du regard avec les intervenantes, expressions de satisfaction, …). Il est maintenant dans une forme de conscience de lui-même, dans le sens où il recherche un retour sur ses actes et attitudes. Il ne manifeste plus de crainte ou de peur. Il suit et est à l’affût des différentes étapes de la séance, dont il a pleinement intégré les éléments et la structure.

« De moins en moins ritualisé », « de plus en plus conscient de la présence des autres enfants »

Matisse fait partie des enfants qui manifestent une forme très ritualisée d’investissement de l’espace. Il s’installe immédiatement sur le même coussin, à la même place. Il passe d’un regard toujours orienté sur les intervenantes et jamais sur les autres enfants, à une attention aux actions des enfants (= nouveau). Il recherche et est également attentif à nos réactions vis-à-vis des autres enfants. Il manifeste peu à peu une attitude enjouée, impatiente de voir démarrer la séance. Il semble ravi d’être là, très présent et communiquant par le non verbal. L’attrait pour la rythmique se confirme de plus en plus (mouvement de balancé du corps ou de rythme avec les maracas). De plus en plus présent dans sa totalité (corps, regard, voix, mouvements) et connecté aux autres. Dans le plaisir, il devient un élément moteur et manifeste des comportements d’entraide et de bienveillance vis-à-vis des camardes. Il peut montrer un enfant qui n’a pas touché le xylophone
pour qu’on lui transmette.

« L’espace personnel », « l’espace de l’autre »

Lors de l’installation sur les coussins, il a quelques fois protégé son espace en repoussant délicatement les pieds d’un autre enfant. En revanche, il s’est autorisé, par la suite, à entrer dans l’espace d’un autre enfant par un contact tactile « caresse les cheveux » et une posture tournée vers

« buste penché vers un autre enfant ».

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *